Glaise de Franck Bouysse

1914, dans le Cantal, tous les hommes en âge partent à la guerre et emmènent leurs montures.

Ils doivent quitter leur famille et leur terre.

C’est le cas de Victor : il doit partir. Il laisse la ferme à sa femme, Mathilde, son fils, joseph, de tout juste quinze ans et sa mère Marie.

Ils vont devoir apprendre à travailler sans lui. Ils vont devoir se passer de lui le temps que cette guerre se termine.

D’ailleurs, tout le monde dit qu’elle sera courte. Un aller-retour et hop, on retourne à la maison et on retrouve ses habitudes.

Plus loin, la propriété de Valette. Lui n’a pas pu être enrôlé.

La faute à sa vilaine main. Un stupide accident qui le laisse avec une main atrophiée, même pas capable d’appuyer sur une détente.

Pourtant, il en a envie. Qu’importe, son fils part à sa place défendre leurs valeurs.

Le frère de Valette, lui, a dû partir. C’est étrange, le lettré est parti et c’est le paysan qui reste.

Il récupère sa belle-sœur Hélène et sa nièce Anna. Deux mondes les séparent, mais ils vont devoir cohabiter sous le même toit le temps que le mari revienne du front.

Pour le moment, le patron, c’est lui, Valette !

Un bouleversement des normes dans ces montagnes gorgées de traditions et d’histoires familiales est en train de déferler.

Des arrivées qui vont entraîner des actes hors normes. Les premières lettres sont tombées.

La peur se mêle aux malaises.

Valette est plein de fiel et d’alcool. Ses yeux courent sur Anna, attendant son heure.

Joseph grandit et devient de plus en plus fort. Le travail supplémentaire a développé son corps dans les travaux harassants.

Mathilde s’affirme.

C’est elle qui organise toute la maisonnée et répartit les tâches.

Le départ de Victor l’a changée.

Elle a dû évoluer. Elle a pris la place qu’aucune femme n’avait sous ce toit.

Elle a changé de vie et sait qu’elle ne retournera pas en arrière.

Joseph, entre deux travaux de la ferme, sculpte la glaise dans son petit atelier.

Il pose ses doigts sur la matière. Il reproduit, crée et sculpte.

Ses phalanges s’enfoncent dans la terre qu’il modèle.

En douceur ou de manière brute, il crée pour donner vie.

Sa rencontre avec Anna bouleverse son univers.

Jamais encore, il n’avait vu de personne comme elle.

Tout en elle respire la beauté, la bonté et une volonté farouche d’embrasser le présent….et lui.

Ses sens le brûlent comme du papier de verre qui passe sur la peau. Chaque pore le brûle. Tous ses sens sont en éveil à ses côtés.

Valette découvre leur liaison. Il refuse qu’elle puisse lui échapper.

Elle est chez lui et rien ni personne ne peut lui prendre ce qui lui appartient.

Chaque jour, il se rapproche d’elle en tentant de la soumettre par la peur.

Là encore, il se trouve impuissant face à la jeune femme. L’époque change, malgré sa terreur, elle lui fait face et tient tête.

Joseph, lui, sait que Valette est fou et qu’il fera tout pour obtenir ce qu’il désire. La haine est un venin fort et qui empêche toute raison.

Les jours passent, la guerre des tranchées se poursuit pendant que la guerre des âmes laboure les terres et les esprits.

Rien ni personne ne l’arrêtera.

Avis du traqueur :

Une civilisation qui change par bourrasques et qui fait des dégâts. Le souffle de la folie frappe les montagnes, les prairies et les hommes.

Des affrontements brutaux face à de nouvelles réalités se font jour et seront gravés dans la terre et dans la pierre.

Un roman fort qui se dévore rapidement tant on veut découvrir les différents événements qui vont de dérouler.

La période aussi passionne.

Dans les romans noirs, peu d’auteurs se sont aventurés sur cette période qui a été le début du changement de notre société.

Ce sont aussi les prémisses de changements en profondeur de l’équilibre homme et femme, mais, pas que.

La guerre de 14/18 montre aussi à quel point l’homme est encore dépendant de l’animal tant dans le travail quotidien que pour les grandes manœuvres.

C’est cette première guerre qui nous fait rentrer de force dans le XXe siècle. Le pays se lance dans les chantiers industriels.

Franck Bouysse nous montre à quel point la vie paysanne est une vie de labeur, de travail harassant et de sacrifice.

Il décrit parfaitement les activités quotidiennes de ces hommes et ces femmes.

La répétition des tâches et leur répartition.

Chaque bras est utilisé à la hauteur de ses possibilités.

Aucune plainte n’est permise. Il décrit avec justesse l’âpreté d’un métier dur et austère.

Contrairement au dernier livre de l’auteur que j’ai lu, Grossir le ciel, il y a bien plus de personnages qui entrent dans ce récit.

Des épisodes brutaux, entrecoupés de joie intense.

Une montée en puissance incroyable.

L’auteur nous prouve une fois de plus sa qualité d’écriture par un récit taillé dans la terre.

La fin est moins intense que le reste du récit. Une fin figée en pointillée.

    Glaise de Franck Bouysse Éditions Livre de Poche

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