L’affaire Léon Sadorski de Romain Slocombe

L’inspecteur Léon Sadorski travaille pour les Renseignements Généraux. L’essentiel de son activité consiste à traquer et arrêter des Juifs. En plus de les arrêter, il les vole et trouve ça parfaitement naturel. Ça lui permet de gâter Yvette, sa femme.

Le plus terrible est qu’il est très doué comme enquêteur. Pour y arriver, il est capable de toutes les bassesses.

Il manipule, trahit, écoute aux portes, scrute et surveille le quotidien de tous ceux qui l’entourent.

Ce sont les RG !

Après la débâcle de 1939, la France prend une raclée titanesque. Les nazis entrent dans Paris le 14 juin 1940 et prennent possession des lieux.

En quelques heures, toutes les administrations manquent de s’effondrer.

Après les explosions, des corps fracassés sont éparpillés partout. Léon n’a que peu de souvenirs des heures qui ont suivi. Le lendemain, dans le miroir, il découvre que ses cheveux sont devenus blancs. Heureusement, rapidement, lui et ses collègues ont repris les choses en mains.

Les administrations doivent continuer à tourner. Qui plus est, en temps de guerre, ça bouge vite.

Il y a la possibilité de prendre du galon pour peu que l’on obéisse aux ordres.De toute façon, la guerre est terminée; les Allemands ont écrasé tout le monde. Autant travailler à leurs côtés.

Le Maréchal est là pour tenir le pays et faire voter les lois nécessaires pour le redresser.Avec ses collègues, ils obéissent aux nouvelles directives.

D’ailleurs, il est plutôt d’accord avec ces lois.

Alors qu’il est en plein travail, il est arrêté par la Gestapo et transféré à Berlin. Pendant plusieurs semaines, il subit des interrogatoires violents et est enfermé dans des cellules glacées.

Malgré une bonne volonté affichée, Léon n’arrive pas à comprendre ce que veulent ceux qui l’interrogent. Il répondrait bien à leurs questions s’il avait les réponses.

La situation tient plus de Kafka que de Simenon. Les Allemands ont pour objectif de le briser pour en faire l’un de leurs agents.

Tenir un agent des renseignements généraux, c’est resserrer les mailles du filet qui tient le pays. C’est aussi un moyen de contrôler en partie une police politique.

Léon revient en France encore tout secoué. Malgré tout, il est plus costaud et intelligent qu’il n’y paraît. Il a compris qu’il a été pris entre les serres d’intérêts qui le dépassent.

Il peut tirer son épingle du jeu, mais il doit être prudent.

Il reprend son travail. Il tombe un peu par hasard sur une enquête policière. L’avantage des RG, est que l’on a le droit de fourrer son nez partout.

Il découvre que la jeune femme a été violée, battue et assassinée. Alors qu’il se penche sur l’enquête, la SS débarque et confisque l’affaire. Sadorski se met en rogne.

Non, mais, c’est qui le patron !

En dépit des risques qu’il court, il se met à enquêter. Il commence à filocher, de près ou de loin, tous ceux qui semblent liés à l’enquête.

Plus il avance, plus cela devient compliqué. La jeune femme frayait avec des personnes très différentes les unes des autres.

Les ramifications semblent tentaculaires et plongent dans toutes les strates de la société. Des hommes et femmes d’influence semblent embarqués dans l’affaire. Des alarmes commencent à retentir et risquent d’exploser au visage du policier. Il va devoir être prudent.

Avis du traqueur :

Un polar historique qui nous percute et nous laisse sans voix.

L’auteur nous fait revivre Paris en 1942.

Une ville qui dans l’ensemble, obéit à l’occupant et ne se formalise pas plus que ça des lois immondes que l’État a mises en place. Il est toujours facile de se dire ce que nous aurions fait à ce moment-là.

On se rassure comme on peut et on se sert de figures importantes de la résistance, mais il est bon de connaître son histoire.

En 1942, le nombre de résistants est réduit.

Là, l’auteur a pris un vrai risque. Il crée un héros absolument abject et dépeint une situation réelle avec des personnages qui ont vraiment vécu à cette époque et ont participé aux différents actes qu’il dépeint.

Bien que le héros soit inventé, l’auteur décrit des faits réels en s’appuyant sur de nombreux témoignages et archives de la police et des procès dont il parle à la fin dans le glossaire.

On entend les voix, les rires, le bruit des bottes, mais aussi des hurlements sous la torture.

Avec certains personnages iconiques, l’auteur décrit, avec une justesse incroyable, un passé pas si lointain et incroyablement réaliste.

Durant la lecture, je suis passé par tous les stades ; en même temps, c’est ce que l’auteur cherche. Il choisit un personnage infect qui vit comme un poisson dans une eau croupie. Je n’arrive même pas à imaginer ce que l’auteur, lui-même, a ressenti quand il a développé son personnage.

Je suis passé de l’écœurement à la nausée puis à la révolte.

Un livre très bien écrit sur une histoire assez peu racontée surtout de ce point de vue. On voit souvent l’autre côté du miroir, cette partie-là, bien que laide et terrifiante est aussi fascinante.

Les personnes, comme Léon, sont persuadées d’être des patriotes. Ils sont sûrs de faire des choix pour leur pays. Ils appliquent à la lettre des lois parce qu’ils sont persuadés qu’elles sont justes.

D’une manière générale, ils transmettent tous les maux de la société sur des groupes d’individus qu’ils rendent responsables du pire.

Léon déstabilise notre conscience par ses certitudes.

L’enquête, très bien ficelée, est développée par l’auteur. On se retrouve plongé en plein Paris. Les RG ont accès à tout. On se mêle à la société. On découvre les différentes polices qui entrent en concurrence.

On croise le monde artistique, des hommes d’affaires que la guerre rend encore plus riches.

On entre dans des pièces feutrées où des espions nous susurrent des mots doux dans le creux de l’oreille.

À la fin, on termine au 93 rue Lauriston, siège de la Gestapo française qui commit des crimes tous plus abjects les uns que les autres.

    L’affaire Léon Sadorski de Romain Slocombe Éditions Point

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    Pour ceux qui ne l’ont pas vu, je mets un lien vers le film fait par Canal+ 93 rue Lauriston. Des acteurs géniaux, une histoire incroyablement réaliste et une réalisation bluffante. Attention c’est un film dur et très réaliste.

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