Le prince de Nicolas Machiavel

Nicolas Machiavel ou Niccolò di Bernardo dei Machiavelli est né le 3 mai 1469 à Florence en Italie, ville où il meurt le 21 juin 1527.

Il naît dans une vieille famille sans richesse et sans statut politique.

Il est le troisième enfant de Bernard Machiavel, docteur en droit et trésorier pontifical à Rome, et de Bartolomea di Stefano Nelli, issue d’une vieille famille florentine de marchands.

Bien que la famille connaisse régulièrement des difficultés financières, Nicolas, qui lit beaucoup, reçoit une très bonne éducation humanisme.

Ne maîtrisant pas le grec ancien, c’est en latin qu’il lit les œuvres des philosophes grecs :  Aristote, Platon, Plutarque, et d’autre..

Il a également lu les grands auteurs latins : Ciceron, Sénèque, César, Tite-Live, Tacite Salluste, Ovide, Virgile, Plaute, Térence.

Lucrèce influence profondément son approche de la religion.

Il n’existe pas beaucoup d’écrits sur sa vie entre 1489 et 1498. Une période troublée, marquée par la première guerre d’Italie, l’indépendance de Pise en 1494, une ville qui servait jusque-là de port à Florence, ainsi que par l’instauration d’une théocratie à Florence sous Savonarole.

Machiavel est Considéré comme un penseur humaniste italien de la Renaissance, théoricien de la  politique, de l’histoire et de la guerre, mais aussi poète et dramaturge.

Il a été pendant quatorze ans fonctionnaire de la République florentine. Il accomplit plusieurs missions diplomatiques, certaines auprès de la papauté et de la cour de France.

Durant toutes ces années, il observe de près la mécanique du pouvoir et le jeu des ambitions concurrentes.

Machiavel est à ce titre, l’un des fondateurs du courant réaliste en politique internationale.

Deux livres majeurs ont surtout assuré la célébrité du Florentin : Le Prince et Discours sur la première décade de Tite-Live.

Philosophe, politique influant, il est l’un des fondateurs de la politique moderne et ses écrits inspireront plusieurs grands théoriciens de l’Etat, notamment Jean Bodin, Thomas Hobbes et John Locke ainsi qu’un renouveau d’intérêt pour la notion de conscription, très prégnante (entre 15 et 25 ans de service militaire) durant la République romaine.

Sa volonté de séparer la politique de la morale et de la religion marque également profondément la philosophie politique.

C’est sur ce point d’ailleurs que les interprétations de la pensée de Machiavel diffèrent le plus.

Pour Léo Strauss, la rupture entre politique et morale trace la frontière entre la philosophie politique classique et la philosophie politique moderne.

L’ancien monde et le nouveau.

La nouvelle pensée prendra son essor lorsque Thomas Hobbes adoucira la radicalité machiavélienne.

Strauss s’inscrit à la suite du Huguenot Innocent Gentillet et voit Machiavel comme un enseignant du mal.

C’est tout le thème du machiavélisme, vu comme la volonté de tromper, leçon de cynisme et d’immoralisme.

Pour d’autres, Machiavel est un réaliste qui distingue faits politiques et valeurs morales. Selon la distinction proposée par Max Weber, toute action politique met les hommes d’État face à un conflit entre éthique de la responsabilité et éthique de la conviction.

C’est également dans cette optique que Machiavel est vu comme un précurseur de Francis Bacon, de l’empirisme et de la science basée sur des faits.

La politique chez lui se caractérise par le mouvement, les ruptures violentes et le conflit. Si le recours à la force est une possibilité clairement admise, la politique requiert également des capacités rhétoriques de façon à convaincre les autres.

Enfin, elle exige que les hommes politiques recourent à la virtù, un des concepts clé de sa pensée, qui désigne l’habileté, la puissance individuelle et l’instinct, permettant de passer outre à la force aveugle de la mauvaise fortune et d’innover afin que l’État puisse faire face aux défis qui se présentent.

Ici, deux traditions d’interprétation s’opposent ceux qui insistent, tel Nietzsche, sur le caractère aristocratique de l’homme d’État machiavélien et ceux qui, au contraire, mettent en avant le fait que, dans une république où chacun a la liberté de participer au politique, il se trouvera nombre d’hommes disposant de la virtù nécessaire pour faire face aux défis à relever.

Discours sur la première période décade de Tite-live de Machiavel inspirera le républicanisme des révolutions anglaises du 17e siècle ainsi que les formes de républicanisme qui émergeront à la suite de la Révolution française et de la révolution américaine.

Loin de voir un modèle à imiter dans Le Prince de Machiavel, Jean-Jacques Rousseau y voit une satire de la tyrannie qui rend d’autant plus nécessaire l’établissement d’une république.

L’interprétation républicaine de Machiavel connaît un nouvel essor à la fin du 20e siècle

L’œuvre de Machiavel a été connue, étudiée, discutée comme peu d’autres le furent dans l’histoire.

Le Prince, qui a d’abord circulé sous forme manuscrite, est dédicacé à un cardinal et est bien accueilli par le pape, qui en autorise l’impression en 1531. L’œuvre se diffuse rapidement, grâce au développement de l’imprimerie.

Les idées de Machiavel ont eu un impact profond sur les dirigeants occidentaux.

Le Prince est vite tenu en haute estime par Thomas Cromwell.

Francis Bacona écrit : « Nous sommes très redevables à Machiavel et à d’autres auteurs de ce type qui, ouvertement et sans feindre, annoncent et décrivent ce que l’homme fait, et non ce qu’il devrait faire.

Très présente aussi dans la culture littéraire de l’époque.

En France, Jean de la Fontaine a introduit dans son dernier recueil de fables une adaptation du conte de Machiavel Belphégor archidiable sous le titre Belphégor.

Bien qu’il ne soit pas toujours mentionné comme une source d’inspiration en raison des controverses qui entourent son nom, Machiavel marque également en Angleterre la pensée d’autres philosophes majeurs tels Hobbes et Locke.

En France au début du 17e siècle, Machiavel est apprécié du cardinal de Richelieu. Celui-ci aurait incité Louis Machon à écrire un livre favorable à Machiavel : L’apologie de Machiavel qui n’a pas été publié.

Montesquieu dit de Machiavel qu’il était « un grand homme ».

Rousseau justifie sa lecture d’un Machiavel républicain :

« Machiavel était un honnête homme, mais proche de la Maison des Médicis. Il était forcé, dans l’oppression de sa patrie, de déguiser son amour pour la liberté. Le choix seul de son exécrable héros manifeste assez son intention secrète et l’opposition des maximes de son livre du Prince à celles de ses Discours sur Tite-Live et de son Histoire de Florence démontre que ce profond politique n’a eu jusqu’ici que des lecteurs superficiels ou corrompus.»

C’est la même interprétation chez Diderot dans son article sur le machiavélisme ainsi que chez Alfieri, et que reprendra Robespierre, pour qui « les plans de la Révolution française ont été écrits pour une grande part dans les livres… de Machiavel.

Il ne fait cependant pas de doute pour les spécialistes contemporains qu’une telle interprétation « est incontestablement erronée » et qu’il n’est pas vraisemblable de supposer un double sens et une intention satirique derrière les passages les plus révoltants du Prince.

Avis du traqueur :

Le Prince est un travail formidable dans l’art de diriger mais aussi une manière brillante de s’appuyer  sur des préceptes pour diriger un pays démocratique, voire une entreprise.

L’ouvrage comporte 26 Chapitres

Dédicace : Nicolas Machiavel à Laurent II de Médicis

I Les divers sortes de principautés, et par quels moyens on les acquiert

II Des principautés héréditaires

III Des principautés mixtes

IV Pourquoi le royaume de Darius, occupé par Alexandre ne se révolta point contre ses successeurs après sa mort.

V Comment on doit gouverner les villages ou les principautés qui, avant d’être conquises, vivaient sous leur propres lois

VI Des principautés nouvelles qu’on s’acquiert par ses propres armes et sa propre vertu

VII Des principautés nouvelles qui s’acquièrent par les forces et la fortune d’autrui

VIII De ceux qui par scélératesse sont parvenus au principat

IX Du principat civil

X De quelles manière se doivent mesurer les forces d’une principauté

XI Des principautés ecclésiastiques

XII Des diverses espèces de milices et de troupes mercenaires

XIII Des troupes auxiliaires, des troupes mixtes et des troupes propres au prince

XIV Ce qu’un prince doit faire touchant son armée

XV Des choses par lesquelles les hommes, et spécialement les princes, obtiennent blâmes et louanges

XVI De la libéralité et de la parcimonie

XVII De la cruauté et de la clémence, et s’il vaut mieux inspirer l’amour ou la crainte

XVIII Comment les princes doivent tenir leur promesses

XIX Comment il faut éviter le mépris et la haine

XX Si les forteresses, et toutes les autres choses que les princes font chaque jour leur sont utiles ou non

XXI Comment un prince doit se comporter pour acquérir de l’estime

XXII Des ministres d’un prince

XXIII Comment on doit fuir les flatteurs

XXIV Pourquoi les princes d’Italie ont perdu leurs États

XXV Pouvoir de la fortune dans les choses humaines, et comment lui résister

XXVI Exhortation à prendre l’Italie et la délivrer des barbares

Dans chaque chapitre, Machiavel se sert des expériences passées pour appuyer ses dires.

Dans le premier chapitre, il classe les états selon deux grands types : les républiques et les monarchies.

Les monarchies sont soit héréditaires, soit gagnées par la guerre.

À cette occasion, l’auteur est marqué par des évènements récents qui frappent l’Italie au Quattrocento. Il parle surtout de César Borgia qui s’installe en Romagne et qui prépare des intrigues contre les Sforza dans le Milanais tout en faisant en sorte d’évincer les Visconti.

Dans les chapitres II à XI, l’auteur a pensé et développé des moyens pour conquérir et conserver les principautés.

Dans les chapitres XII à XIV, les questions militaires sont abordées et analysées, exemples à l’appui.

Machiavel préfère une conscription nationale aux mercenaires. Ceux-ci coûtent cher et sont difficilement contrôlables.

En gros, s’ils se battent pour la patrie, ils évitent de se faire acheter !

L’auteur a assisté aux sacs des villes par des mercenaires.

À l’époque, les armées privées sont légions et les princes n’ont pas confiance ou pas les moyens nécessaires pour entretenir des armées. En même temps, ils ne sont pas super sympas donc pas aimés par leurs sujets.

La conscription nationale permet au peuple de se sentir concerné et au prince d’asseoir son autorité sur ses sujets.

Celui qui se bat pour sa terre et celle de ses enfants se dressera face à un homme même s’il doit y laisser sa peau. De plus, les guerres resserrent le lien national.

Là encore, l’auteur s’appuie sur l’histoire et des moments où des armées de mercenaires ont tourné casaque.

De la nécessité de connaître son passé pour préparer l’avenir.

Les chapitres XV à XXIII sont une réflexion sur la manière de diriger.

La postérité et certains penseurs n’ont retenu que le mot de machiavélisme parce que Machiavel propose des conseils pragmatiques pour diriger même s’ils révoltent par ailleurs.

Il retire toutes questions morales ou religieuses. Juste ce qu’il faut faire pour garder le pouvoir.

Machiavel ne fait qu’officialiser un fait : un dirigeant est seul et le travail n’est pas chose facile.

Pour cela, l’auteur prévoit des princes.

Pour la France, c’est l’ENA ou d’autres grandes écoles qui formatent des hommes et des femmes pour diriger les hautes administrations et les entreprises.

La plupart des présidents sont passés par là.

Quelques-uns ont obtenu la charge suprême sans y passer, mais ils s’entourent de ces personnes pour diriger les différentes administrations.

Parfois, parmi ces hommes et femme formatés, un leader sort du rang et les rassemble.

Celui-là sera différent des autres. Celui-là aura la Virtù.

Certaines décisions, mêmes terribles, doivent être prises pour le bien de tous et il faut une personne capable d’assumer ce type de décision.

Machiavel explique l’extrême cruauté et la clémence.

La violence est à utiliser avec parcimonie, mais elle doit être vive pour être retenue. Le peuple aime les exemples et les symboles. Machiavel précise aussi pourquoi il vaut mieux être aimé que craint par son peuple.

Il est facile de parler sans connaître et faire la morale.

Ceux qui n’ont jamais eu à plonger les mains dans le cambouis sont les premiers à crier aux loups, mais aussi les premiers à s’enfermer dans leurs terriers dès qu’il faut intervenir.

Dans les chapitres XXIV à XXVI l’auteur écrit ce qu’il désire vraiment.

Il propose ses conseils pour permettre de libérer et d’unifier une Italie qui, à ce moment de l’histoire, est fragmentée en de nombreux royaumes.

Par ce mode de réflexion, Machiavel porte aux nues une vérité : la morale n’a rien à voir avec la politique.

Tout comme un patron, le prince tranche et donne une vision à une société. Il décide et ordonne pour que tout aille pour le mieux.

Un roman très intéressant. Les chapitres sont courts et écrits avec beaucoup de rythme. L’auteur se sert d’exemples très réalistes ce qui donne des images très claires de ce qu’il veut transmettre.

Le prince fait partie des classiques de la littérature par sa justesse et sa réflexion.

Je conseille à celles et ceux qui vont le lire ou le relire de s’amuser à transférer, à notre époque, certains exemples.

Le monde politique est d’une incroyable violence qui nécessite une force de caractère hors du commun.

Le pouvoir use.

Je vous invite à regarder les différents hommes politiques de ces trente dernières années et les faits importants avant et après les élections.

Ceux qui sont élus, ceux qui perdent, ceux qui trahissent et ceux qui arrivent de nulle part, mais qui font leur place.

Tous ceux qui réussissent sont entourés d’une garde prétorienne capable de se jeter au feu pour le prince élu.

Dans tous les pays, les systèmes sont les mêmes pour des résultats identiques.

Cet essai permet de mieux comprendre le fonctionnement de nos politiques, mais aussi de certaines entreprises.

J’ai tenté de présenter cet essai à ma façon.

Le Prince fait partie de mes classiques et je vous invite à le lire.

Le Prince de Nicolas Machiavel Éditions Folio

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