Les heures indociles de Eric Marchal

Londres 1908, un siècle débute, les inégalités sont telles que, de partout, les coutures craquent, les murs se fissurent et menacent de s’effondrer.

Comme d’habitude, les politiques ne comprennent rien à ce qui arrive et ne répondent qu’avec la répression.

Ceux qui possèdent les richesses sont prêts à tout pour garder leurs privilèges; même à préparer des mouvements qui déclencheront deux guerres mondiales et marqueront la fin d’une époque.

Dans cette histoire, trois personnages centraux vont se rencontrer et marquer leur époque.

Olympe Lovell est l’une de ces guerrières comme il en existe peu. Elle s’engage dans la lutte pour les femmes et leur droit de vote. Elle se donne entièrement, sans concessions, sans hésitations.

Comment un pays, qui se targue d’être brillant, peut priver de ses droits la moitié de sa population? Les femmes n’ont aucun droit, elles ne possèdent rien à elle.

Elles ne quittent leur père que pour être données à leur époux qui, par la même occasion, récupère leur argent.

Les femmes ne peuvent pas posséder.

À part faire des enfants et sourire en société, elles n’existent pas. Qu’importe le milieu, qu’importe le niveau d’éducation, aucune femme n’a le droit d’avoir son avis.

Le mouvement des suffragettes prend de l’ampleur et est réprimé par la force. Derrière chaque femme, chaque épouse, une suffragette peut se cacher, émerger et influer sur les puissants.

Derrière chaque homme, il existe une femme.

L’un de ces hommes politiques de premier plan l’a bien compris. Des élections vont avoir lieu, il va falloir être fin stratège pour l’emporter. Il demande à son second de l’aider.

Il se surnomme l’Apôtre.

Olympe Lovell n’hésite devant rien ni personne. Au service de la cause, elle suit leur figure de proue, Emmeline Pankhurst. Cette femme politique créée en 1903 le WSPU (WOMEN’S SOCIAL AND POLITICAL UNION).

Le groupe se compose uniquement de femmes, dédiées aux actes et non aux paroles.

Le groupe se veut indépendant des autres groupes politiques et devient connu pour ses affrontements avec les forces de l’ordre pour avoir enfoncé des portes et lâché des tuiles sur des verrières.

Plusieurs des suffragettes seront incarcérées. Devant leurs habitudes de faire des grèves de la faim pour se déclarer comme prisonnières politiques, elles furent gavées de force.

Thomas Belamy est médecin à l’hôpital Saint Bartholomew, le plus vieil établissement de Londres. Il est annamite et travaille au service des urgences. Il dirige un département de médecine non-conventionnelle dans le but d’unifier les pratiques occidentales et asiatiques.

Les résultats sont tellement spectaculaires qu’il fait des jaloux.

Mais il ne fait pas que cela. Il arpente les rues et se dévoue à tous les pauvres, les sans-grades, ceux qui n’ont même pas la force ou le temps d’aller à l’hôpital. Il parcourt le quartier de Whitechapel.

Il va être suivi dans son travail par un jeune interne, Reginald Jessop, fasciné par les connaissances et la manière d’aborder la médecine de Belamy.

Il va vouloir tout apprendre de lui.

Si Thomas Belamy peut travailler sans problème, c’est qu’il est couvert par son ami, Raymond Etherington, chirurgien lui aussi. Il est médaillé d’or d’aviron aux Jeux olympiques d’été en 1908.

Il prend la lumière et trouve des donateurs pour refaire un service des urgences flambant neuf avec les dernières technologies. C’est lui qui a fait venir son ami Thomas Belamy.

Leur amitié est solide. Ils sont comme deux faces d’une même médaille, l’un prend la lumière pendant que l’autre travaille dans l’ombre.

Quand Thomas rencontre Olympe Lovell, les étincelles crépitent. Deux personnalités fortes, engagées l’un comme l’autre dans une vie de dévouement. Ils vont tenter de se comprendre.

Horace de Vere Cole est le fou du roi. C’est aussi l’ami de Thomas Belamy. Ils se sont rencontrés un peu par hasard. Thomas aime son esprit insolite et ses saillies intellectuelles. Il bouscule l’état d’esprit étroit de l’intelligentsia anglaise.

Parfois, des rencontres improbables forment des amitiés fortes. Horace va être le témoin privilégié de la rencontre entre Thomas et Olympe.

C’est aussi l’aristocrate britannique le plus incontrôlable qui existe. À l’abri du besoin, il s’ennuie ferme et veut laisser une trace derrière lui. On le sait capable de tout.

Poète et mystificateur, il veut toujours aller plus loin, frapper plus fort. Son cerveau déborde d’idées toutes plus folles les unes que les autres.

Son rêve, un gigantesque canular qui ridiculisera le plus de monde possible. Et justement, une idée folle vient de germer. Seulement a-t-il vraiment mesuré les conséquences d’un tel acte dans le climat social et politique de son pays.

Peut-on ridiculiser les plus hautes instances sans entraîner un déchaînement de conséquences incontrôlables ?

« Le battement d’ailes d’un papillon au Brésil, peut-il provoquer une tornade au Texas »

Avis du traqueur :

À travers trois personnages principaux très différents, Éric Marchal nous transporte dans une époque passionnante et nous raconte des combats peu connus.

Avec Olympe Lovell, on découvre la lutte des femmes pour obtenir de droit de vote et la répression abominable qu’elles ont subi.

Avec Thomas Belamy, on découvre une médecine qui commence à chercher, les premières découvertes scientifiques. L’association de la médecine occidentale et asiatique donne des résultats impressionnants.

Pourtant, malgré tout cela, ceux qui gardent le fort restent sceptiques parce qu’ils ne veulent pas perdre leur pouvoir. Par la même occasion, Thomas Belamy est métissé.

L’auteur montre bien à quel point, il est difficile d’être accepté d’un côté comme de l’autre.

Les urgences d’un hôpital sont aussi le reflet d’une société. Par les malades que l’on rencontre, on fait connaissance de toutes les strates du moment.

Horace de Vere Cole est aussi un représentant d’une société qui s’effondre. À force de rester dans son jus, ceux qui gardent le pouvoir s’ennuient et sont prêts à tous les excès pour exister.

Malgré tout, il nous fait entrer dans un monde atypique, complètement renfermé sur lui-même et ses acquis. C’est aussi ce milieu qui laissa sa population crever de faim et de désespoir.

Le désespoir entraîne les excès en tous genres. On a voté pour tout, pourquoi ne pas essayer le pire, histoire de voir ce que cela va entraîner….

Un roman très bien travaillé. Une histoire parfaitement présentée et une plongée vertigineuse dans un Londres des années 1900.

Par contre, il faut arrêter avec cette sale habitude de comparer chaque bon roman historique avec Les piliers de la terre.

Il ne faut pas oublier que Ken Follett, vient du roman d’espionnage et du thriller. Il sait quand il doit mettre du swing, ou des rebondissements dans sa narration. C’est un peu le point faible d’Éric Marchal que j’avais déjà remarqué dans Le soleil sous la soie.

Des histoires très travaillées, une reconstitution parfaite, mais parfois un manque de punch.

Des personnages très intéressants, un mélange d’individus ayant existé avec des personnages fictifs parfaitement mis en place.

Il manque des moments plus pêchus et des situations plus piquantes. Certains passages du livre sont un peu lents. C’est un bon roman historique, mais pas un coup de cœur.

    Les heures indociles de Eric Marchal Éditions Anne Carrière

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